Conduite du changement

L'évolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) a souvent puisé sa source dans les enjeux industriels et stratégiques orchestrés par les gouvernements.
Si les gouvernements de l’après guerre considèrent la mise en oeuvre des technologies de l’information comme un enjeu de pouvoir et d’indépendance de la France sur le plan industriel et militaire, la démocratisation des technologies et la multiplications des applications destinées au grand public en font un véritable enjeu de société.

1948-1960 L’après guerre
A partir de 1948, lorsque les premiers ordinateurs apparurent en Angleterre et aux Etats-Unis, certains dirigeants français pensaient que cette "révolution technologique" offrirait l'occasion de remettre en cause les situations établies et de conquérir des positions plus avantageuses.
Les services de l’armement, jouent alors un rôle important dans la structuration de l'industrie informatique française et du traitement électronique de l'information pour la réalisation de systèmes d'armes, financent recherches et fabrications, et établissent des collaborations entre les militaires, les industriels et les scientifiques.

1960 1966 le programme nucléaire
Vers 1960 l'Etat réclame des ordinateurs pour le programme nucléaire. Les industriels français (CGE, Alcatel, Thomson, Bull …) se lancent alors dans la production de calculateurs sous licence américaine (NCR et IBM)
Mais les producteurs de matériels de mécanographie reconvertis à l'informatique, ne peuvent, après 1960, réagir au « défi américain » de polarisation du marché autour d’IBM.
Malgré les efforts accomplis par la recherche publique, par l'industrie et par l'Etat, Bull, pourtant 2 ° constructeur mondial en 1960, est relégué au treizième rang mondial et dépend largement des technologies américaines et japonaises. Cela, au moment même où la France réussissait à s'imposer dans deux domaines voisins : les télécommunications et le logiciel.
En 1964 General Electric prend le contrôle de Bull.

1966-1975 Le plan calcul
Le Plan Calcul est lancé en 1966 par le général De Gaulle sur l'impulsion de Michel Debré. Ce plan gouvernemental est destiné à assurer l'indépendance du pays en matière de gros ordinateurs.
C’est la réponse du gouvernement français au refus américain de vendre en 1963 de gros système à la France qui voulait se doter de l'arme nucléaire. Les Américains, pour garder leur leadership et sous couvert d'une politique anti-prolifération, prirent une série de mesures interdisant la vente d'équipements de haute technologie à la France.
Le général De Gaulle, à la suite du rapport Ortoli, décida alors de lancer le Plan Calcul . Ses objectifs étaient de maintenir une industrie nationale informatique et de subvenir aux besoins de la défense nationale afin que celle-ci soit totalement indépendante.
Le Plan Calcul prévoyait la création de l'IRIA, grand organisme public de recherche, d'une grande compagnie d'informatique aidée par l'État : la Compagnie Internationale d'Informatique (CII). Bien entendu les applications militaires et scientifiques y furent privilégiées.
En parallèle était lancé le projet qui devait devenir Unidata destiné à permettre dans les années 1970 l'émergence d'une grande industrie informatique européenne. La CII recevait la maîtrise d'oeuvre l'architecture des machines et le logiciel, la technologie électronique revenait à Philips, et Siemens se chargeait des périphériques mécaniques. Le succès d'Unidata supposait des aides publiques importantes et une stratégie industrielle claire, conditions qui n'étaient pas réunies.
Manquant d'une synergie forte avec l'industrie française des composants, le constructeur national CII finit par se fournir chez Texas Instruments pour ne pas perdre toute compétitivité. L'incohérence est flagrante entre le grand dessein du Plan Calcul et les faibles moyens industriels qu'il met en oeuvre ; ceux-ci sont adaptés au mode de fonctionnement de la technostructure, non aux exigences d'un marché international concurrentiel. Refusant de s'associer à Bull, qui dispose d'un remarquable réseau commercial, la CII s'efforce de contrer IBM, mais n'atteint jamais la rentabilité. Ces contradictions fragilisent le Plan Calcul, qui ne résistera pas aux changements politiques de l'après-gaullisme.
Valéry Giscard d'Estaing, élu président en 1974, mit fin au projet en 1975 : la France dénonça unilatéralement l'accord Unidata et CII fusionna avec Honeywell-Bull.

1981 : Le minitel
On dit communément du minitel qu’il fut le précurseur de l’internet dont paradoxalement il freina ensuite le développement en France.
Cela n’empêche que cette expérience essentiellement française amorcée à l’automne 1980 dans 2500 foyers de l’Ouest parisien et lancée en 1981 avec la distribution de 4 000 minitels s’étendra en quelques années pour atteindre en 2000 un parc de 9 millions de terminaux utilisés par 25 millions de personnes.
Son succès repose sur la mise en place des son lancement de services résolument tournés vers les utilisateurs :l’annuaire téléphonique, la vente par correspondance (de billets de train par exemple),les sites de rencontres et messageries roses.

Le minitel permettra à la France de prendre une avance considérable en terme d’ usages des TIC en mettant a disposition du plus grand nombre des banques d’information, du commerce électronique, de la messagerie et des forums. Mais, rançon de ce succès populaire, le passage à une technologie plus performante au travers du micro-ordinateur et de l’internet n’en sera que plus difficile
Autre écueil, le terminal, certes peu performant, est distribué gratuitement par France Telecom alors que le terminal PC ou Mac est relativement onéreux malgré les opérations menées parallèlement dans le cadre du « Plan informatique pour tous »

1985 Le plan informatique pour tous
En 1985, le Plan informatique pour tous porté par Laurent Fabius, Premier Ministre et Jean Pierre Chevénement, Ministre de l'Éducation nationale, visait a initier à l'outil informatique tous les élèves de toutes les régions de France, afin de permettre une meilleure égalité des chances. Ce projet ambitieux d'initier 11 millions d'élèves, à l'aide de 150 000 enseignants formés, de 160 000 micro-ordinateurs pour un budget total de 2 milliards de franc ne resiste pas à la cohabitation qui s'instaure en mars 1986. Cet échec sévère, sonne le glas des ambitions gouvernementales françaises en informatique.

1996 La circulaire « Juppe »
Extraits de la circulaire du 15 mai 1996 relative à la communication, à l'information et à la documentation des services de l'État sur les nouveaux réseaux de télécommunication signée par Alain JUPPÉ, Premier ministre :
L'État doit prendre part au développement des autoroutes de l'information et d'Internet en créant des produits d'information, de documentation et de communication accessibles par ce réseau. A cette fin, le Gouvernement a décidé que chaque ministère serait doté, d'ici au 31 décembre 1997, d'un tel ensemble de produits...
La modernité des moyens ne doit cependant pas faire oublier la constance des objectifs … : livrer des informations complètes et validées, … tenues à jour, claires, d'égal accès, répondant aux questions qui se posent le plus fréquemment … sans redondance ni lacune.
Elle instaure l'obligation d'utiliser la Racine commune << gouv.fr. >> afin que les usagers n'aient aucun doute sur le fait qu'il s'agit d'un service officiel de l'administration française, placé sous son contrôle ou agissant en son nom et pour son compte.

1997 Le PAGSI
Lors de l’université de la communication d’Hourtin en août 1997, Lionel Jospin affirme la nécessité absolue de refuser « que le fossé séparant ceux de nos concitoyens qui maîtrisent ces nouveaux outils du reste de la population s’accroisse ». Nouvel avatar du répertoire des inégalités sociales, la « fracture numérique » devient emblématique des combats à mener pour faire pleinement entrer la France dans le modernisme technologique.
Ainsi Lionel Jospin en 1997, lance le Programme d’action gouvernementale pour la société de l’information (PAGSI), censé assurer « les conditions d’une société de l’information pour tous », programme qui sera entériné lors du Comité interministériel pour la société de l’information (CISI) du 16 janvier 1998. Le 4 décembre 2000 est lancée la Mission interministérielle à l’accès public à l’internet, à l’informatique et au multimédia (MAPI) dont le but est d’assurer la coordination des actions gouvernementales, notamment l’ouverture de près de 7 000 lieux publics permettant l’accès à Internet. Parmi ces points d’accès publics au réseau des réseaux, 2 500 projets devraient être labellisés Espaces publics numériques (EPN ) et assurer « une première formation générale gratuite et ouverte à tous ». Près de 4 000 emplois-jeunes ont été mobilisés pour animer ces espaces publics multimédia et accompagner les publics dans leurs premiers contacts avec les technologies de l’Internet. Pour ne citer que quelques initiatives : les Cyberbases de la Caisse des Dépôts et Consignations, les Espaces
cyberjeunes et les Points Cyb du ministère de la Jeunesse et des Sports, les points d’accès Cyberposte du secrétariat d’État à l’Industrie ou encore les Espaces culture multimédia du ministère de la Culture et de la Communication qui ont pris corps au sein de lieux variés (ANPE, missions locales, MJC, maisons de quartier, bibliothèques, centres sociaux, bureaux d’information jeunesse, etc.). Ces espaces publics multimédia offrent des accès à l’Internet gratuits (pour les EPN) ou peu chers et proposent des services et des accompagnements plus ou moins spécialisés (hébergement de boîtes aux lettres électroniques, initiation à l’Internet, approfondissement des usages de la bureautique, suivi de projets professionnels, développement d’activités culturelles et artistiques, etc.) . Les initiatives émanant des sphères associative et entrepreneuriale se sont aussi multipliées, accompagnant les moyens mis en oeuvre par l’État (Les Espaces multimédia dans la ville de France Télécom, les bornes d’accès gratuits de la RATP, les PAPI « Atrium multimédia » de Carrefour, etc.).

2002 RE/SO 2007
Le plan baptisé Pour une République numérique dans la société de l’information (RE/SO 2007 ), présenté fin 2002 par le gouvernement Raffarin a pour objectif de « donner un nouvel élan à la société de l’information et mettre fin au retard de la France ». Dans le prolongement de ce qui avait été initié par le gouvernement Jospin, il fait du haut débit dans ses diverses configurations (câble, ADSL, satellite, boucles locales radio, UMTS, Wi-Fi ) et de la baisse de ses tarifs par un accroissement de la concurrence une priorité d’action, censée « faire de l’Internet le 4ème média de masse ». À l’horizon 2007, il est en effet prévu que soient raccordés 10 millions de foyers au haut débit (aujourd’hui, seulement 2,3 millions de foyers en disposent dont près d’1,4 millions via l’ADSL ), que la « dématérialisation des procédures administratives » soient complètes, mais également qu’un élève du second degré sur trois, qu’un étudiant sur deux et que tous les foyers ayant un enfant scolarisé dispose d’un ordinateur. RE/SO 2007 fait par ailleurs de « l’aménagement numérique du territoire » une priorité absolue et des collectivités territoriales l’acteur central d’une « politique d’appropriation des usages de l’Internet ». Au centre des décisions du Comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire (CIADT), de la loi sur la société de l’information (LSI), de celle sur la décentralisation, et de la modification de l’arsenal législatif du code général des collectivités territoriale (notamment de l’article L.1511-6 fixant les conditions de création par les collectivités territoriales d’infrastructures de télécommunication), les régions, départements, établissements publics de coopération intercommunale et autres communes sont poussés à jouer un rôle de plus en plus important dans la « formation de tous les Français à l’usage des TIC » par le développement renouvelé des espaces publics multimédia, dans le déploiement de format.

2004-2007 ADELE
Le 9 février 2004, le gouvernement dévoilait le projet Adele, “Administration Electronique 2004/2007″ qui vise à “donner un cadre pluriannuel, cohérent et coordonné au développement de l’administration électronique en France”.
Adele s’appuie sur un Plan stratégique pour l’administration électronique (Psae) et un plan
d’action (P2ae) associé, tous deux élaborés par l’Agence de l’administration électronique (Adae).
Adele prévoit d’abord de nouveaux services aux usagers, qui seront notamment disponibles via le futur site “Mon service-public.fr”, mais aussi, pour beaucoup, via les sites des collectivités locales. Une démarche telle que le changement d’adresse pourra désormais se faire en une seule fois pour toutes les administrations. Les 140 mesures d’Adele concernent également les entreprises, les collectivités locales, les échanges entre les administrations et la conduite du changement. L’objectif global est de dématérialiser les deux tiers des échanges entre usagers et administrations d’ici à la fin 2007.Autres mesures phares, la Carte nationale d’identité électronique (Cnie) et la Carte Vitale “nouvelle version”, qui permettront toutes deux de signer électroniquement des actes, et la généralisation du service téléphonique de renseignement de “premier niveau”, le 3939.

Présentation d’Adele : http://www.internet.gouv.fr     http://adele.service-public.fr/

Et maintenant ?
La gazette des communes du 30 avril 2007 consacre un dossier de 6 pages à la dematerialisation.

Axe fort du projet gouvernemental de développement de l’administration électronique, la dematerialisation des procédures entre l’administration et les collectivités territoriales, aurait-elle atteint son régime de croisière ?
Loin des grandes envolées lyriques qui coté de la DGME définissent ce projet comme devant « Faciliter l'accès aux services publics en ligne, créer un guichet virtuel point d'entrée privilégié vers l'administration, permettre de mutualiser les expériences pour construire l'administration en ligne de demain. », l’article de la gazette tente une réponse sous la forme d’un point d’étape sur la mise en œuvre de ce projet au sein des collectivités territoriales.
L’article surprend par l’absence de référence aux objectifs généraux du projet, son intégration dans la politique de modernisation de l’état et de la mise en place de l’administration électronique et de nouveaux services offerts aux usagers.
Essentiellement vue comme un projet de modernisation des échanges avec les administrations d’état, quelques points forts de la dematerialisation sont mis en avant comme les économies de papier ou la rapidité des échanges. Mais ces points positifs semblent inévitablement se heurter aux différents obstacles techniques, juridiques comme l'interopérabilité ou l'opposabilité des documents echangés.
Pour finir, l’ensemble est replacé dans le contexte de la libre administration des collectivités et d’une autonomie budgétaire affirmée. C’est dit, les collectivités n’entendent pas payer le prix de la modernisation de l’Etat.
Quelques lignes d’un expert des plate-formes privées de confiance lèvent timidement le voile sur un des aspects les plus intéressants du projet lorsque sont évoqués l’opportunité d’en faire un levier de la modernisation des services une fois tous les obstacles levés ou contournés. 

Alors :  Dematerialisation, le mouvement atteint sa vitesse de croisière ou bien tout reste à faire ?

Pour vous faire une opinion :
le site de l'administration electronique ou  

L'éventail des possibilités d'organisation de réunions et de conférences s'est notablement accru avec le déploiement des TIC et le fort développement de leur utilisation dans les entreprises et chez les particuliers.


L'organisation de réunions à distance au moyen du téléphone associé ou non a de l'image est porté à partir de 1970 par une nécessité économique, et représente un moyen de palier l'éloignement géographique des participants et d'optimiser les déplacements dans l'entreprise. Cependant les couts tant en investissement qu'en utilisation restent longtemps élevés et la manipulation des systèmes vidéo requiert généralement un opérateur pour obtenir une animation de qualité.

C’est l'apparition du web et de la messagerie instantanée qui, au début des années 90, va marquer l’introduction du partage et de l’échange des écrits entre de multiples intervenants, avant-garde des futurs processus de travail collaboratif.

L'association avec la voix l'image et le partage d'application d’abord presque exclusivement utilise par les adolescents finit par s'imposer et faire référence en s'introduisant sur les campus comme outil d'enseignement de construction et de partage des connaissances

Le déploiement massif et la convergence des technologies sur des terminaux mobiles allié a la baisse des couts de communication impose à partir de 2000 le standard des plateformes web pour réunir facilement, et sans aucun prerequis technique de multiples participants en mêlant l’écrit, la voix et l’image dans un environnement structuré.

Ces fonctionnalités puissantes, ergonomiques, économiques montrent chaque jour d’avantage leur capacité a rendre le travail collectif plus simple, plus souple, plus structure et mieux organise.


Quelques opérateurs  :

Dossiers

Presse



La gazette des communes présente dans ce numéro 35 de septembre 2006 un dossier de 8 pages sur l'e-administration.
Le système d'information intercommunal repose sur la mutualisation des ressources et des moyens afin d'offrir à l'usager des services "co-produits", accessibles à tous et mieux ciblés.
Sont evoqués les notions de portail, de travail collaboratif,  de comarquage ...

Malgré quelques freins managériaux et parfois politiques, l'e-administration ouvre t'elle la voie de la e-democtatie ?
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